Critères d'acquisition — Johnson, N50 et la métrique TTP

Comment on quantifie « voir » une cible : les critères historiques de Johnson, leurs limites, le N50 et la métrique TTP qui les remplace dans les modèles modernes.

La question fondamentale

« À quelle distance détecte-t-on un homme ? » ne se répond pas par une distance mais par une probabilité de succès à une tâche — détection (D), orientation (O), reconnaissance (R), identification (I). Les critères de Johnson (1958, laboratoire US NVESD) ont donné le premier langage commun ; la métrique TTP (Targeting Task Performance) est son successeur pour les imagers échantillonnés modernes.

1. Les critères de Johnson

Principe : une tâche de perception exige qu'un certain nombre de cycles résolus (lignes paires, lp) soit projeté sur la dimension critique de la cible :

Tâche Cycles requis (N50 classique) Sens
Détection ~1,0–1,5 lp « Quelque chose est là »
Orientation ~1,4 lp Sens de la cible
Reconnaissance ~4,0 lp Type (camion vs char)
Identification ~6,4–8,0 lp Modèle précis

Dimension critique : pour un homme debout ~0,75 m (hauteur min vue de face ~0,38 m, on prend la plus petite dimension caractéristique) ; pour un véhicule ~2,3 m (standard OTAN).

Le calcul de portée Johnson

La résolution angulaire du système (IFOV ou diffraction) projette N cycles sur la cible à distance R :

$$N(R) = \frac{D_{crit}}{R \cdot \mathrm{IFOV}_{cycle}}$$

où IFOV_cycle est l'angle par cycle (= 2 × IFOV pixel si on échantillonne à 2 pixels/cycle). La portée de la tâche est celle où N(R) = N50 :

$$R_{task} = \frac{D_{crit}}{N_{50}\cdot \mathrm{IFOV}_{cycle}}$$

Exemple : homme (0,75 m), IFOV 50 µrad → cycle = 100 µrad. Reconnaissance (N50 = 4) → R = 0,75/(4×10⁻⁴) = 1875 m. Identification (N50 = 8) → R = 940 m. Détection (N50 = 1,5) → R = 5 km.

Attention aux conventions : Johnson s'exprime en cycles résolus sur la cible ; certains parlent en pixels (~2 px/cycle). Confondre cycles et pixels divise ou double la portée estimée — la confusion la plus fréquente en lecture de specs.

2. Les limites de Johnson

Johnson suppose une image parfaite échantillonnée idéalement. Or les imagers modernes :

Résultat : Johnson surestime la performance des imagers sous-échantillonnés et ne modélise pas l'effet du contraste ni de l'aliasing. D'où le besoin d'une métrique système.

3. La métrique TTP

La Targeting Task Performance (TTP, développée par NVESD, intégrée à NVThermIP) remplace le « nombre de cycles fixes » par une intégrale de contraste sur la bande :

$$\mathrm{TTP} = \int_{\nu_{min}}^{\nu_{max}} \sqrt{\frac{C_{tgt}(\nu)}{\mathrm{CTF}_{sys}(\nu)}}\,d\nu$$

En lecture : la TTP somme, sur les fréquences, le rapport entre le contraste de la cible présent et le contraste minimum percevable par l'observateur à travers le système (CTF = Contrast Threshold Function du système complet, qui remonte en haute fréquence). Chaque terme :

Interprétation : la tâche est accomplie quand TTP ≥ un seuil empirique par tâche (calibré sur panels d'observateurs — le « V50 » ou seuils de tâche associés). La TTP capture à la fois la résolution et le contraste et le bruit — ce que Johnson ne faisait pas.

4. De la métrique au modèle : NVThermIP, TRM4

Les modèles de prédiction chaînent tout :

Modèle Origine Spécificité
NVThermIP US NVESD Standard imagers échantillonnés IR ; gère aliasing, bruit, TTP
TRM4 Fraunhofer IOSB (D) Modèle OTAN de référence, atmosphère + turbulence intégrées
SSCamIP / autres divers variantes visible, sous-échantillonné

Entrées types : paramètres capteur (FPA, F/#, NETD, MTF optique, pixel pitch, frame rate), cible (dimensions, ΔT, aspect), atmosphère (MODTRAN, visibilité, turbulence Cₙ²), tâche (D/R/I).

Sorties : probabilité de succès en fonction de la distance, courbes P(R), portées D50/R50/I50 (distance à 50 % de succès).

5. Ce que ça change en spécification

6. Pièges classiques en évaluation

7. Ce qu'il faut retenir

Pour aller plus loin : C2 (modèles de portée en détail), C4 (rédaction de spécifications). Exercices bloc C : calculs Johnson, lecture TTP, analyse de specs ambiguës.