Métrologie laboratoire — MRTD, bancs et mesures de performance

Comment on mesure réellement ce qu'un imager vaut : MRTD, collimateurs, corps noirs, et pourquoi les valeurs de labo diffèrent du terrain.

Mesurer, pas croire

La prédiction de portée (C2) n'est bonne que si ses entrées sont mesurées. La métrologie optronique fournit ces mesures : NETD, MRTD, MTF, uniformité, distorsion. C'est le cœur de l'activité d'un laboratoire d'évaluation (DGA MI, bancs industriels) — et un officier de marque doit savoir lire un rapport de banc et en exiger les conditions.

1. Le banc collimateur — reproduire l'infini

Un imager focalisé à l'infini ne peut pas être testé sur une mire à 2 m. Le collimateur place une mire en son foyer et produit un faisceau parallèle → l'imager voit la mire « à l'infini ».

Schéma : source corps noir → mire (trou, barres, cible) → collimateur (optique de qualité) → système testé → analyse de la réponse.

2. MRTD — la métrique spatiale de référence

Le MRTD (Minimum Resolvable Temperature Difference) est la différence de température minimale permettant de résoudre une mire à 4 barres de fréquence spatiale donnée :

$$\mathrm{MRTD}(\nu) = \Delta T_{min}(\nu)\quad \text{en fonction de la fréquence } \nu$$

Principe : on présente une mire 4-barres (fond + 4 barres à ΔT variable) ; on réduit ΔT jusqu'à ce que l'observateur ne distingue plus les 4 barres. La courbe MRTD(ν) monte avec ν : les détails fins demandent plus de contraste.

Pourquoi c'est LA métrique : le MRTD intègre simultanément la sensibilité (NETD, aux basses fréquences) et la résolution (MTF, aux hautes fréquences) — une seule courbe résume la performance spatiale. C'est la métrique normalisée des specs OTAN (STANAG 4349 pour la mesure).

3. NETD mesuré — la version labo

On mesure le NETD en présentant un ΔT connu et en mesurant le SNR de sortie :

$$\mathrm{NETD} = \frac{\Delta T_{mesure}}{\mathrm{SNR}_{mesure}}$$

Conditions à fixer (sinon incomparable) : T_fond (souvent 300 K), F/#, temps d'intégration, bande, correction NUC appliquée ou non. Un NETD se mesure aussi par l'histogramme : σ_bruit/σ_signal × ΔT.

Piège : certains NETD « calculés » sont des valeurs après traitement de débruitage — surestiment la performance brute. Exigez le NETD avant traitement + la chaîne appliquée.

4. MTF mesurée — la courbe réelle

On obtient la MTF système par :

Une MTF système mesurée sur banc se compare à la MTF prédite (produit des MTF étages) — un écart révèle un problème (défaut optique, décentrage, stabilisation insuffisante).

5. Autres mesures du rapport de banc

Mesure Ce qu'elle vérifie
Uniformité / FPN résiduel Qualité de la NUC après correction
Distorsion géométrique Fidélité angulaire de l'image
FOV / IFOV réels Conformité au nominal
Linéarité radiométrique Réponse proportionnelle au flux
Ghosting / veille Persistence, artefacts du traitement
Stabilisation (jitter) MTF de bougé résiduel
Temps de réponse Montée en régime, latence image

6. Labo vs terrain — l'écart à anticiper

Le banc donne des valeurs propres et répétables, mais :

Règle : le banc établit la performance intrinsèque ; les modèles + essais terrain établissent la performance opérationnelle. Une spec exige les deux.

7. STANAG et référentiels

Les mesures sont cadrées par des référentiels OTAN (concept) :

En France, la DGA Maîtrise de l'Information (Bruz) dispose des bancs d'évaluation optronique et des compétences de métrologie — interlocuteur technique de référence pour la STAT sur les mesures. Les industriels ont leurs propres bancs (acceptation usine) — l'enjeu de l'évaluation indépendante.

8. Ce qu'il faut retenir

Pour aller plus loin : C4 (rédaction de spécifications), D (systèmes réels évalués sur ces métriques). Exercices bloc C : lecture de courbes MRTD, calculs NETD mesuré, analyse de rapports.