Propagation atmosphérique — ce que l'air enlève entre la cible et le capteur

Extinction, fenêtres spectrales, turbulence, mirage : l'atmosphère n'est pas un obstacle vague mais un coefficient mesurable qui borne toute portée.

La transmission atmosphérique

Un flux traversant l'atmosphère subit l'extinction = absorption + diffusion :

$$\tau(R) = e^{-\sigma R}$$

avec $\sigma$ le coefficient d'extinction (km⁻¹), somme des contributions moléculaires et aérosols. À $\sigma = 0{,}1$/km : τ = 61 % à 5 km, 37 % à 10 km. À $\sigma = 0{,}5$/km (visibilité réduite) : τ = 8 % à 5 km — la portée s'effondre. L'atmosphère est le premier facteur limitant des systèmes optroniques au sol — bien avant le capteur.

1. Absorption moléculaire : ce qui crée les fenêtres

Les molécules absorbent à des longueurs d'onde précises :

Absorbant Bandes d'absorption fortes
H₂O 2,7 ; 6,3 ; larges bandes > 12 µm
CO₂ 2,7 ; 4,3 ; 15 µm
O₃ 9,6 µm
O₂, CO, CH₄, N₂O bandes étroites diverses

Les fenêtres de transmission — zones où l'atmosphère laisse passer — sont entre ces bandes :

Conséquence pratique : le choix MWIR/LWIR n'est pas libre — il est imposé par la chimie de l'air. En climat chaud-humide, le LWIR souffre (H₂O) ; en air sec-froid, le LWIR excelle. C'est un argument du trade MWIR/LWIR dans les specs (fiche B5).

2. Diffusion : Rayleigh, Mie, aérosols

La diffusion dévie les photons sans les absorber :

Visibilité météo (MOR, Meteorological Optical Range) : distance à laquelle le contraste tombe à 2 % — référence commune des rapports d'essais. Lien approximatif : σ ≈ 3,9/MOR en visible (à λ = 550 nm). En IR, la relation diffère — les modèles (MODTRAN) la calculent par bande.

3. Réfraction : mirages, conduits et turbulence

L'indice de l'air dépend de la température et de l'altitude ; les gradients courbent les rayons :

Point d'évaluation : les modèles de prédiction de portée (TRM4, NVThermIP) intègrent la turbulence via un paramètre de structure Cₙ² ou des profils standard ; une portée spécifiée « sans turbulence » est irréaliste au ras du sol en été.

4. Le calcul standard : MODTRAN et ses cousins

Pour les études sérieuses, la transmission ne se calcule pas à la main : on utilise un code de transfert radiatif — MODTRAN (le standard, hérité de l'US Air Force) qui intègre les raies d'absorption moléculaire (base HITRAN), les aérosols, la géométrie (altitude, inclinaison, angle solaire).

En pratique STAT/BE :

5. Ordres de grandeur utiles

Condition σ approx. (LWIR, basse alt.) τ à 5 km
Air sec clair 0,05–0,1/km 60–78 %
Standard 0,15–0,2/km 37–47 %
Humide/brume 0,3–0,5/km 8–22 %
Brouillard >1/km <1 %

Règle empirique : la portée de détection réaliste est souvent 2–3× inférieure à la portée « atmosphère idéale » d'une fiche produit. Exigez toujours l'atmosphère associée à la portée annoncée.

6. Ce qu'il faut retenir

Pour aller plus loin : C2 (modèles de portée qui intègrent l'atmosphère), D3 (implications drones : vue plongeante). Exercices bloc B : calculs de τ, comparaisons d'atmosphères, portée effective.