Spectre électromagnétique et rayonnement thermique

Corps noir, Planck, Stefan-Boltzmann, Wien — les lois qui dictent où regarder (MWIR ou LWIR ?) et combien de photons une cible envoie réellement.

Le spectre optronique

L'optronique couvre du proche UV au LWIR. Les bandes qui comptent :

Bande λ Détecteur typique Usage Terre
Visible 0,4–0,7 µm CMOS Voie jour, identification
NIR 0,7–1,0 µm CMOS, I² Intensification, illumination laser
SWIR 0,9–1,7 µm InGaAs Imagerie « see-spot », brouillard léger, lasers 1,55 µm
MWIR 3–5 µm InSb, MCT refroidi Cibles chaudes (moteur, tir), longue portée
LWIR 8–12(14) µm MCT, microbolomètre Corps à température ambiante, vision nocturne

Les bornes ne sont pas arbitraires : ce sont les fenêtres de transmission atmosphérique (fiche B3) qui les imposent — entre 5 et 8 µm, l'atmosphère absorbe presque tout (CO₂, vapeur d'eau).

1. Le corps noir : la référence absolue

Un corps noir absorbe tout rayonnement incident ($\alpha = 1$) et réémet le maximum thermodynamiquement possible à sa température. Sa luminance spectrale suit la loi de Planck :

$$L_\lambda(T) = \frac{2hc^2}{\lambda^5}\cdot\frac{1}{e^{hc/\lambda kT}-1} \quad \mathrm{W\,m^{-2}\,sr^{-1}\,m^{-1}}$$

avec $h = 6{,}626\times10^{-34}$ J·s, $c = 3\times10^8$ m/s, $k = 1{,}381\times10^{-23}$ J/K.

Émissivité : un corps réel émet $L = \varepsilon\,L_{corps\ noir}$ avec $\varepsilon \in [0,1]$ dépendant du matériau, de l'angle et de λ. Une cible peinte $\varepsilon \approx 0{,}9$ ; un métal poli $\varepsilon \approx 0{,}05$. Point de vigilance : le contraste thermique apparent d'une cible vient autant des différences d'émissivité que de température — un blindage peint peut apparaître « chaud » sans l'être (réflexion du ciel froid sur métal brillant, émissivité variable en camouflage).

2. Les trois lois dérivées

Loi de Wien — où est le maximum ?

$$\lambda_{max}\,T = 2898\ \mu m\cdot K$$

T λ_max Bande
300 K (scène terrestre) 9,7 µm LWIR
350 K (véhicule moteur chaud) 8,3 µm LWIR
800 K (échappement) 3,6 µm MWIR
2500 K (flash de tir) 1,2 µm SWIR/NIR
5900 K (soleil) 0,5 µm Visible

Conséquence directe : la scène terrestre à ~300 K émet son maximum en LWIR — c'est pourquoi les imagers de vision nocturne non-refroidis travaillent en 8–12 µm. Le MWIR sert pour les cibles chaudes et les longues portées (meilleure résolution à D égal : diffraction en λ, fiche B4).

Loi de Stefan-Boltzmann — combien au total ?

$$M = \int_0^\infty M_\lambda\,d\lambda = \sigma T^4, \quad \sigma = 5{,}67\times10^{-8}\ \mathrm{W\,m^{-2}\,K^{-4}}$$

Le flux total émis croît en $T^4$ : +1 K à 300 K ≈ +1,3 % de flux ; +50 K ≈ +80 %. Un échappement à 600 K émet 16× plus qu'à 300 K — signature massive.

Fraction dans la bande — le calcul pratique

Seule une fraction $F_{[\lambda_1,\lambda_2]}$ du flux tombe dans la bande du détecteur :

$$F = \frac{\int_{\lambda_1}^{\lambda_2} M_\lambda\,d\lambda}{\sigma T^4}$$

Pour un corps à 300 K : ~35 % en MWIR(3–5), ~40 % en LWIR(8–12). Pour 800 K : MWIR capte l'essentiel ; le LWIR reçoit l'aile. C'est pourquoi on choisit la bande selon la température de la signature recherchée — et pourquoi les détecteurs dual-band MWIR+LWIR existent (fiche B5).

3. Signature thermique d'une cible terrestre

Une cible (véhicule, homme) n'est pas un corps noir uniforme. Sa signature vue par un imager :

$$L_{apparente} = \varepsilon_{cible}L_{BB}(T_{cible}) + (1-\varepsilon_{cible})L_{reflechie}$$

Le terme $(1-\varepsilon)L_{refl}$ est la réflexion de l'environnement (ciel froid, sol chaud, soleil). En journée MWIR, la réflexion solaire domine souvent : un véhicule froid peut être plus brillant qu'un homme chaud. Règles de terrain :

4. Ordres de grandeur à connaître par cœur

Grandeur Valeur
Exitance corps à 300 K ~460 W/m²
λ_max à 300 K 9,7 µm
Flux photonique fond 300 K en LWIR ~10²² photons/s/m²/sr (fond énorme → régime BLIP)
Constante σ 5,67×10⁻⁸ W/m²/K⁴
Constatte de Wien 2898 µm·K

5. Ce qu'il faut retenir

Pour aller plus loin : B2 (radiométrie : transformer ces flux en éclairement au capteur), B3 (ce que l'atmosphère enlève en route). Exercices bloc B : calculs Wien/Stefan, fraction de bande, contraste apparent.